
C'est arrivé un soir de novembre particulièrement gris, vers la fin de ma journée à la PME. J'étais seule dans mon bureau, à Lyon, en train de clôturer des dossiers de facturation un peu pénibles, quand une sensation de froid glacial m'a saisie les épaules. Ce n'était pas le genre de courant d'air qu'on sent quand une fenêtre est mal fermée — d'ailleurs, le double vitrage de l'immeuble est impeccable et le chauffage tournait à plein régime. C'était un froid vertical, une sorte de présence qui vous fait dresser les poils sur les bras sans raison apparente.
À l'époque, j'ai simplement resserré mon gilet en pensant que la fatigue me jouait des tours. Mais les semaines suivantes, juste après les fêtes de fin d'année, les phénomènes se sont multipliés. Des ombres fugaces dans le coin de l'œil, des picotements intenses dans les mains alors que je ne faisais rien de spécial, et surtout, cette sensation d'être une éponge. Je rentrais chez moi vidée, comme si j'avais porté la misère du monde sur mon trajet en métro. C'est là que j'ai commencé à me demander si mes quelques stages de Reiki n'avaient pas ouvert une porte que je ne savais plus refermer.
Des courants d'air là où il n'y en a pas : les premiers signes
Quand on commence à s'intéresser aux soins énergétiques, on nous parle souvent de lumière, de bien-être et de détente. Mais on nous prévient rarement que notre sensibilité peut devenir un radar un peu trop perfectionné. Pour moi, ça a commencé par des réactions physiques très concrètes. Un frisson vertical qui part de la base de la nuque et descend jusqu'au bas du dos, me laissant la chair de poule pendant plusieurs minutes, même sous un plaid bien chaud.
Dans mon quotidien administratif, c'est assez déstabilisant. On passe de la gestion des relances clients à une impression de présence invisible dans l'ascenseur. J'ai repris mes vieux carnets de notes, ceux que je tiens depuis mon premier stage de Reiki il y a quelques années. J'y avais noté, après avoir passé les 3 niveaux du système Usui, que mes mains devenaient parfois brûlantes sans raison. Mais là, c'était différent. C'était comme si mon système énergétique, mes 7 chakras dont on nous parle tant en formation, s'étaient transformés en une sorte de hall de gare.

Un autre signe qui m'a mis la puce à l'oreille, c'est ce picotement sec dans la paume de ma main droite, comme une petite décharge statique qui refuse de s'arrêter. Ce n'est pas douloureux, c'est juste... insistant. Comme si quelqu'un tapait à la porte. À Lyon, on a quelques cabinets de soins très sérieux, mais j'avais un peu peur de passer pour une folle en racontant ça. Pourtant, plus j'en parlais (très discrètement, entre deux cafés), plus je me rendais compte que je n'étais pas la seule à vivre ces "ressentis étranges".
Le Reiki comme boussole, mais pas comme solution miracle
J'ai passé beaucoup de temps à relire mes notes sur la période d'intégration Reiki, ces fameux 21 jours de nettoyage qui suivent chaque initiation. À l'époque, j'avais trouvé l'exercice un peu fastidieux — s'occuper de soi tous les jours quand on a une montagne de paperasse au boulot, c'est un défi — mais c'est là que j'ai appris à écouter mon corps. Cependant, le Reiki Usui classique ne donne pas forcément toutes les clés pour ce qu'on appelle le passage d'âmes.
C'est vers la mi-avril, lors d'un petit atelier de perfectionnement, que j'ai osé poser la question. J'ai expliqué que j'avais l'impression d'attirer des énergies lourdes, des tristesses qui ne m'appartenaient pas. On m'a alors parlé du terme psychopompe, cet équivalent mythologique du passeur d'âmes. L'idée est simple, même si elle paraît un peu ésotérique : certaines personnes auraient une vibration qui sert de phare aux âmes errantes ou aux énergies qui n'ont pas trouvé leur chemin après le départ. Sans le vouloir, j'étais devenue une sorte de borne Wi-Fi pour l'au-delà.

C'est flatteur pour l'ego de se dire qu'on a une "mission", mais dans la réalité, c'est surtout épuisant. Si tu te demandes comment savoir si tu es passeur d'âmes, regarde ton niveau de fatigue. Si tu te réveilles aussi fatiguée qu'en te couchant, malgré des nuits complètes, et que tu ressens des émotions qui surgissent de nulle part (une immense tristesse alors que tout va bien dans ta vie), il y a peut-être un truc à creuser. Mais attention, je ne suis pas médecin : si tu es épuisée, la première étape reste de vérifier ton fer et ta thyroïde chez un professionnel de santé. L'énergétique vient après, en complément.
Le déclic : quand on met enfin un mot sur l'étrange
Lors de cet atelier en avril, j'ai rencontré une femme qui gérait une boutique de lithothérapie. Elle m'a dit quelque chose qui m'a marquée : "Un passeur qui ne sait pas qu'il passe, c'est comme une porte ouverte dans un courant d'air : ça finit par casser les gonds". Elle m'a conseillé de travailler mon ancrage. On en revient toujours là, que ce soit en Reiki ou ailleurs. Si on n'est pas bien planté dans ses baskets, on se laisse emporter par tout ce qui passe.
J'ai testé plusieurs approches. Certaines formations m'ont paru très sérieuses, d'autres... comment dire... un peu trop perchées pour mon esprit de gestionnaire. J'ai d'ailleurs écrit un petit topo sur ma formation énergétique en ligne ou en présentiel : mon retour d'expérience pour expliquer pourquoi le contact humain reste, pour moi, irremplaçable dans ces moments-là. Lire un PDF sur les âmes, c'est bien, mais sentir l'énergie bouger dans la pièce avec un formateur, c'est une autre paire de manches.
Le vrai déclic, c'est quand j'ai appris à "fermer la porte". Le soir, en quittant la PME, je visualise maintenant que je retire mon uniforme de passeur (imaginaire, bien sûr) et que je verrouille mon espace personnel. Étonnamment, ce simple exercice mental a réduit mes frissons de moitié. Il a fallu que j'accepte que ce n'est pas parce que je ressens quelque chose que je dois forcément m'en occuper. C'est comme les appels au bureau : ce n'est pas parce que le téléphone sonne que je suis obligée de décrocher si c'est l'heure de ma pause déjeuner.

Et si ce n'était pas une mission, mais une résonance ?
C'est ici que je vais peut-être en froisser quelques-uns, mais je préfère être honnête, comme je le serais avec une amie autour d'un thé. Avec le recul de ces dernières semaines de juin, je me demande souvent si croire qu'on est passeur d'âmes n'est pas parfois une projection de nos propres traumas. C'est une réflexion que j'ai eue après une séance de magnétisme qui ne m'a strictement rien apporté, si ce n'est un sentiment de vide.
Parfois, ce qu'on prend pour des âmes extérieures à aider, ce sont juste nos propres parts de tristesse, nos vieux dossiers non classés (pour parler en termes administratifs) qui demandent notre attention. En se focalisant sur le "sauvetage" d'entités invisibles, on évite peut-être de regarder nos propres blessures. C'est plus gratifiant de se dire qu'on aide l'univers que de reconnaître qu'on a besoin d'une thérapie classique pour soigner une vieille rupture ou un deuil mal digéré.
C'est pour ça qu'il est crucial de savoir comment reconnaître un bon énergéticien avant sa première séance de soin. Un bon praticien ne te dira pas d'emblée que tu es une élue avec une mission sacrée. Il t'aidera d'abord à te stabiliser, à nettoyer tes propres valises avant de t'inviter à porter celles des autres. Mon parcours m'a appris que la spiritualité, c'est comme la cuisine : il faut de bons ingrédients (le ressenti), une bonne technique (l'ancrage), mais surtout beaucoup de discernement pour ne pas laisser la sauce brûler.
Aujourd'hui, en ce fin de mois de juin, je vis beaucoup mieux ces phénomènes. Si je sens un froid soudain ou un picotement, je prends une grande inspiration, je me rappelle que je suis ici, à Lyon, bien vivante, et que je n'ai aucune obligation envers l'invisible si je ne me sens pas de taille. Je ne prétends pas avoir toutes les réponses, je suis juste une femme de la quarantaine qui essaie de naviguer entre ses tableaux Excel et les mystères de l'énergie. Et finalement, c'est ce mélange de terre-à-terre et de subtil qui rend la vie un peu moins grise, même en novembre.